FGD, KII : de quoi on parle
Le vocabulaire du secteur est fait de sigles anglais, y compris dans des équipes qui travaillent en français. Les trois qu'il faut tenir :
| Terme | Ce que c'est | Ce qu'il apporte |
|---|---|---|
| FGD Focus group discussion | Une discussion guidée entre six et douze personnes assez semblables pour se parler librement | Ce qui se construit dans l'échange : un désaccord, une norme partagée, une objection que personne n'aurait formulée seul |
| KII Key informant interview | Un tête à tête avec quelqu'un dont la position donne une vue d'ensemble | De l'information qu'un groupe ne dira pas devant témoin, et une mise en perspective |
| Entretien individuel | Un tête à tête avec une personne concernée, pas nécessairement bien placée | Le détail d'un parcours, un récit que le groupe aplatit |
Quand le qualitatif est le bon outil
Il ne remplace pas une enquête, il répond à d'autres questions. Quatre situations où il est le bon outil, et où une enquête quantitative ne servirait à rien :
- Un chiffre surprend et personne ne sait pourquoi. La satisfaction chute de vingt points entre deux mesures : le tableau croisé montre la chute, il n'en donne pas la cause. Une rupture de stock, un changement d'équipe, une file d'attente au soleil, une rumeur.
- On ne sait pas encore quoi demander. Avant de construire un questionnaire, le qualitatif fait remonter le vocabulaire réel des gens et les catégories qui comptent pour eux, qui ne sont presque jamais celles du cadre logique.
- Le sujet ne se coche pas. Perception de l'équité d'un ciblage, sentiment de sécurité, rapports de pouvoir dans un ménage : aucune modalité de réponse ne rend cela.
- La redevabilité. Comprendre pourquoi un mécanisme de plainte n'est pas utilisé demande d'écouter, pas de compter les plaintes reçues, qui sont justement à zéro.
La place de ces outils dans le cycle complet du suivi et de l'évaluation est décrite sur qu'est-ce que le MEAL.
Les types de sessions
Typer une session n'est pas de l'étiquetage documentaire : le type commande la composition du groupe, le choix de l'animateur, et la façon dont la synthèse doit être lue. Les types utilisés en pratique :
- Entretien individuel, y compris avec un informateur clé.
- Focus group mixte, quand le sujet ne souffre pas de la présence des deux groupes.
- Focus group féminin et focus group masculin, quand il en souffre.
- Focus group jeunes, parce qu'un adolescent ne parle pas devant les anciens du village.
- Autre, avec précision libre : groupe de personnes en situation de handicap, comité de gestion, groupe de déplacés récents.
Préparer et conduire la session
L'essentiel se joue avant que la discussion commence. Ce qui se prépare :
- Le guide d'entretien. Six à dix questions ouvertes, de la plus générale à la plus sensible, avec des relances prévues. C'est un fil, pas un questionnaire à dérouler mot pour mot : une discussion qui suit le guide à la lettre est un mauvais focus group.
- Le consentement. Expliqué à l'oral, y compris ce qui sera fait des propos, qui les lira, et le fait que la participation se retire à tout moment. L'enregistrement se demande à part, et se refuse.
- La composition. Des participants assez semblables pour se parler, et sans lien hiérarchique entre eux. Une belle-mère et sa belle-fille dans le même groupe, un chef de site et ses administrés : la parole ne sera pas libre, quel que soit l'effectif.
- Le lieu et le moment. Un endroit où l'on n'est pas écouté de l'extérieur, à une heure qui n'entre pas en concurrence avec le travail ou la corvée d'eau, sinon le groupe se vide de ceux qu'on voulait entendre.
- Deux rôles, pas un. Un animateur qui relance et un preneur de notes qui observe les silences, les regards et qui ne parle pas. Une seule personne ne peut pas faire les deux.
- La langue, traitée à part ci-dessous, parce que c'est le paramètre le plus sous-estimé.
La langue de l'échange
Une transcription automatique qui ignore la langue parlée la devine. Et une détection automatique se trompe d'autant plus que l'enregistrement est bruité, que plusieurs personnes parlent en même temps, et que la langue est peu représentée dans les modèles. Ce sont exactement les conditions d'un focus group de terrain : les trois facteurs sont réunis à chaque fois.
Déclarer la langue avant la session est donc le geste qui pèse le plus sur la qualité du résultat, pour un coût de deux secondes. Dans Opti', elle se choisit dans un catalogue de 230 langues, qui couvre les langues internationales mais surtout celles dans lesquelles les focus groups se conduisent réellement : wolof, peul, bambara, dioula, haoussa, zarma, mooré, lingala, kikongo, tshiluba, swahili, kinyarwanda, kirundi, amharique, tigrigna, oromo, somali, tamazight, kabyle, malgache, sango, chichewa, shona, zoulou, ainsi que les créoles et les variantes d'arabe dialectal.
Cette déclaration sert à trois endroits : elle est transmise au moteur de transcription audio, qui n'a plus à l'inférer ; elle est transmise à la lecture des fiches manuscrites, où elle empêche une écriture ambiguë d'être rabattue sur du français ou de l'anglais plausible ; et elle figure dans le contexte fourni au moment de la synthèse.
De l'enregistrement à la transcription
Trois sources alimentent une même session, et elles se combinent : on peut enregistrer l'audio, photographier la fiche du preneur de notes et coller un complément saisi le soir.
| Source | Ce qui se passe |
|---|---|
| Audio | Enregistrement depuis l'appareil, découpé automatiquement en segments d'environ cinq minutes. Chaque segment est un fichier autonome, transcrit indépendamment puis recollé. |
| Photo de fiche | Photographie d'une fiche manuscrite ou d'un paperboard. Le texte est extrait par lecture optique, dans la langue déclarée. Un passage illisible est signalé comme tel, jamais comblé par un contenu plausible. |
| Texte collé | Des notes déjà saisies, versées directement dans la session. |
Pourquoi le découpage en segments change tout sur le terrain
Un enregistrement d'une heure en un seul fichier est un pari : si l'application passe en arrière-plan, si l'onglet se ferme ou si la batterie lâche, tout est perdu. Découpé en segments de cinq minutes, chacun écrit sur l'appareil avant toute tentative réseau, l'incident coûte au pire les dernières minutes.
Le reste de la robustesse suit la même logique : la transcription est mise en file d'attente et s'exécute quand la connexion est disponible, une session peut être entièrement enregistrée hors ligne puis transcrite au retour en base, et le passage de l'application en arrière-plan pendant un enregistrement ne coupe pas le segment en cours.
De la transcription aux constats
Une transcription n'est pas une analyse. Entre les deux, deux étapes que rien ne remplace :
- Relire et corriger la transcription brute. Un nom mal transcrit, un passage hors sujet, une observation du preneur de notes à ajouter. C'est aussi le moment où l'animateur voit ce que la machine n'a pas compris.
- Dégager la structure. Thèmes récurrents, points de convergence et de divergence entre participants, verbatims marquants, signaux d'alerte. Le désaccord est souvent plus informatif que l'accord : il indique où passe une ligne dans la communauté.
La synthèse doit tenir compte du type de session : un focus group féminin et un entretien avec un informateur clé n'appellent pas la même lecture, et les traiter pareil efface justement ce qu'on cherchait en les séparant.
Sur la méthode d'analyse elle-même, du verbatim à la recommandation, l'article analyse qualitative avancée en humanitaire va plus loin que cette page : ici on définit et on cadre, là-bas on déroule la méthode.
Ce que le qualitatif ne dit pas
C'est la section qui manque dans la plupart des guides, et c'est celle qui évite les erreurs les plus coûteuses devant un bailleur.
- Aucune représentativité. Huit personnes ne représentent pas une population, même choisies avec soin. Un focus group ne se généralise pas.
- Aucun pourcentage. Écrire que soixante pour cent des participants trouvent la distribution équitable, quand ils sont huit, donne une apparence de mesure à une conversation. Si la question est « combien », elle se traite par une enquête sur un échantillon calculé.
- Un biais de sélection presque toujours présent. Ceux qui viennent sont ceux qui sont disponibles, mobiles, autorisés à sortir et informés de la réunion. Les plus vulnérables sont souvent exactement ceux qui manquent.
- Un effet de désirabilité. Devant une organisation qui distribue, on dit ce qui maintient l'assistance. C'est rationnel, et cela se corrige par le choix de l'animateur et par la formulation des questions, pas en l'ignorant.
Le cycle qualitatif dans Opti'
Dans Opti Gemba, les sessions qualitatives vivent à l'intérieur de la mission MEAL, à côté des données quantitatives, et non dans un outil séparé. La chaîne complète :
- Créer la session avec son type, sa date, son lieu, son nombre de participants, son animateur, la langue de l'échange et ses remarques de contexte.
- Capter : audio segmenté, photo de fiche manuscrite, texte collé, dans n'importe quelle combinaison, y compris entièrement hors ligne.
- Transcrire, puis relire et corriger la transcription brute, qui est éditable.
- Synthétiser : thèmes, convergences, divergences, verbatims, signaux d'alerte. La synthèse est éditable elle aussi.
- Verser au rapport : la synthèse se copie, s'exporte en Word ou en PDF, et se reprend dans le rapport narratif de la mission, où elle vient éclairer les chiffres de la partie quantitative.
Une session peut être renseignée par une personne qui n'a pas de compte complet, via un lien de partage, ce qui permet d'associer des animateurs externes ou des partenaires locaux à la collecte. Le volet quantitatif de la même mission est décrit sur KoboCollect et la connexion KoboToolbox.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un focus group et un entretien KII ?
Le focus group, ou FGD pour focus group discussion, réunit six à douze personnes qui se ressemblent assez pour se parler librement, et cherche ce qui se construit dans l'échange : un désaccord, une norme partagée, une objection que personne n'aurait formulée seule. L'entretien avec informateur clé, ou KII pour key informant interview, est en tête à tête avec quelqu'un dont la position donne une vue d'ensemble : un chef de village, une sage-femme, un responsable de site. Le premier donne de la profondeur collective, le second de l'information qu'un groupe ne dira pas devant témoin.
Combien de participants dans un focus group ?
Six à douze est la fourchette de travail habituelle du secteur. En dessous de six, une ou deux voix dominantes emportent toute la discussion et l'effet de groupe disparaît. Au delà de douze, les plus discrets ne parlent plus du tout et la transcription devient difficile à attribuer. Le nombre compte moins que la composition : un groupe où une belle-mère et sa belle-fille sont assises ensemble ne produira pas une parole libre, quel que soit son effectif.
Pourquoi séparer les groupes de femmes et d'hommes ?
Parce que sur beaucoup de sujets, la présence de l'autre groupe change ce qui se dit. Santé sexuelle et reproductive, violences, gestion de l'argent du ménage, charge de travail domestique : ce sont des sujets où un groupe mixte produit un consensus de façade. La séparation n'est pas une règle absolue, c'est une décision qui se prend sujet par sujet, et qui s'accompagne du choix de l'animateur, souvent une femme pour un groupe de femmes.
Faut-il enregistrer un focus group ?
Quand le consentement est donné, oui, parce que la prise de notes manuelle perd les verbatims et sélectionne inconsciemment ce qui confirme les attentes de l'animateur. Mais l'enregistrement se refuse, et ce refus se respecte sans discussion : sur un sujet de protection, un enregistrement peut être un risque réel pour les participants. Dans ce cas la fiche de prise de notes manuscrite reste la source, et elle est parfaitement exploitable.
Peut-on tirer des pourcentages d'un focus group ?
Non, et c'est l'erreur la plus fréquente. Écrire que soixante pour cent des participants estiment que la distribution était équitable, quand ils sont huit, donne une apparence de mesure à une conversation. Le qualitatif dit pourquoi et comment, il ne dit ni combien ni à quel point c'est répandu. Si la question est combien, elle se traite par une enquête sur un échantillon calculé, pas par un groupe de discussion.
Comment Opti' traite-t-il les focus groups ?
Chaque session vit dans la mission MEAL concernée, à côté des données quantitatives. Elle porte son type, sa date, son lieu, son nombre de participants, son animateur et la langue de l'échange. Trois sources l'alimentent : l'audio enregistré depuis l'appareil, la photo d'une fiche manuscrite lue optiquement, et le texte collé. Opti' produit une transcription brute éditable, puis une synthèse rédigée qui tient compte du type de session, elle aussi éditable, reprise ensuite dans le rapport narratif.
Le module fonctionne-t-il sans connexion internet ?
Oui. Chaque segment audio est écrit sur l'appareil avant toute tentative réseau : une coupure, une fermeture d'onglet ou un passage en arrière-plan ne fait perdre aucun enregistrement. La transcription est mise en file d'attente et s'exécute quand la connexion revient. Une session peut donc être entièrement enregistrée hors ligne sur le terrain, puis transcrite au retour en base.
Traiter le qualitatif et le quantitatif au même endroit
Opti' est une plateforme MEAL tout-en-un qui couvre l'ensemble du cycle, de la conception du questionnaire au rapport final. Trois modules la composent :
OptiBot
L'assistant IA MEAL : génération de XLSForm, conseils méthodologiques et documents (TDR, méthodologies).
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Opti Gemba
Le pilotage des missions : TDR, questionnaire compatible Kobo/ODK, collecte en ligne/hors ligne, focus groupes, analyse et rapport.
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Opti Academy
La formation MEAL personnalisée par IA, adaptée à votre poste et votre contexte.
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